10.11.2007

Sans musique, la vie serait une erreur

Lundi dernier ma copine Adélaide m'a littéralement traînée à un concert. Comme j'avais projeté ce soir-là de m'adonner à ma souveraine oisiveté, j'ai râlé autant que j'ai pu, mais Adé m'avait promis qu'un beau garçon se joindrait à nous ( bien sûr il n'est pas venu) , qu'elle avait des invits dont elle ne savait pas quoi faire . Bref c'était juste à côté de chez moi, alors voilà. Et là, un choc comme je n'en ai pas eu souvent.
C'était un concert en hommage aux opposants opprimés en Russie. J'ai horreur de ce genre de manifestations, qu'ils se débrouillent après tout, mais bon j'ai un quart de sang russe, on fait un effort. Après les quelques discours d'usage, on entre dans le vif du sujet. Surprise, c'est le premier trio de rachmaninov que j'ai tenté de jouer quand j'étais au conservatoire (oui je suis un peu violoncelliste) . Deuxième surprise, le violoncelliste c'est Marc Coppey, et Coppey j'écoute en boucle ses suites de Bach chez moi. Et émerveillement final, les trois musiciens sont fabuleux. En fait je ne connais pas du tout les deux autres, au violon c'était Liana Gourdjia, un visage typiquement slave, qui a l'air accablée par sa propre beauté, et le pianiste c'est Aurélien Pontier, un garçon aux grand yeux bleus tristes et aux manières aristocratiques.
Il y avait aussi une flûtiste très forte, mais j'ai moins aimé les oeuvres qu'elle jouait.
À l'entracte, Glucksmann a parlé avec son air indigné comme d'hab. Je lui ai trouvé une tête de vieillard sur un corps d'ado.
Pour finir il y avait le trio de Chostakovitch, une musique que je ne comprends pas trop d'habitude. Mais franchement, je m'agrippais à mon siège tellement la tension était forte. Je l'ai acheté le lendemain en CD, et je n'ai pas du tout retrouvé cette électricité. Rien ne vaut la musique en direct! Voir des musiciens, c'est une expérience géniale, parce qu'on devine les personnalités de chacun. C'est très curieux de voir ces trois personnes fusionner malgré leurs différences: la violoniste avec son jeu limpide, le pianiste tellement impliqué et sombre, et Coppey tout en décontraction. J'aurais aimé leur parler, j'ai vu le pianiste dans la rue après d'ailleurs, mais il avait l'air écrasé de fatigue. Qu'est-ce que la vie quotidienne pour des artistes comme ceux-là? En sortant de la salle, j'ai eu le sentiment d'avoir approché une vérité.

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